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Sarah Claudon - La dictature partagée

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Etre seule est horrible et socialement inacceptable. Voici ce que nous disent les photos de Sarah Claudon. Le conditionnement pousse à la frustration et pour y échapper, tous les moyens sont bons. 

Il est étrange que le mot seul ne se suffise pas à lui-même. Seul, ce n'est pas l'unité, c'est le un sans le reste. La solitude implique inéluctablement la notion d'autruis. Etre seul, c'est être sans les autres, donc. Mais l'homme est un animal social. S'il cherche à vivre en se passant de compagnie, son attitude sera jugée amorale, presque contre-nature. Car la société supporte peu que l'on aille au-delà de la bienséance qu'elle a définie.

© Sarah ClaudonS'écarter de ses principes, c'est s'exposer à la difficulté, voir au rejet. Il est plusieurs manières de ne pas être seul. Celle que la norme érige en tant qu'idéal, c'est le couple. Le couple implique l'amour dans sa version romantique, le mariage, les enfants, les restaurants en tête à tête, les voyages pour deux personnes, les lits deux places... Le couple c'est la perfection. Pour bien vivre socialement il faut donc un partenaire. Absolument.   

Dans ses photographies, Sarah Claudon se met en scène dans diverses situations du quotidien. Près d'elle, toujours fidèle et disponible, se trouve sa compagne, une poupée gonflable. « Ce travail est né d'une constatation par rapport à mes relations aux autres à certaines périodes, en observant ma famille et mes ami(e)s. Parfois, la peur d'être seule peut nous pousser à nous regrouper par dépit. Non pas que je revendique le célibat, je veux juste qu'on se penche un peu plus sur le fond de la chose. J'ai vu des gens "consommer" un nombre incalculable de personne pour ne pas etre seul(e)s, renouvelant l'expérience à l'infini jusqu'à trouver la bonne, soit une image fantasmée qui en fait n'existe pas. »

Car le couple permet aussi d'alimenter le soi, de répondre au manque par la complémentarité. Quoi de mieux alors pour satisfairesses besoins qu'une poupée gonglable. Discrète, jamais en contradiction, toujours présente au moment souhaité, elle permet de combler presque tous les désirs. Qu'elle n'est ni volonté, ni point de vue écarte le conflit et amène la paix. « Nous sommes tous, à un moment donné de notre vie, la poupée gonflable de quelqu'un. Cette série parle de la solitude moderne, à deux mais aussi de l'interchangeabilité des personnes et de cette capacité que nous avons de ne jamais nous satisfaire de rien ».

© Sarah ClaudonSi elle a choisi l'absurdité comme mode d'expression, c'est pour mieux mettre en évidence la violence de ce qui nous pousse à nous lier à l'autre dans la seule perspective de fuir nos propres angoisses. Sa présence est indispensable mais la démarche est égoïste.
Et si jamais la culpabilité ou le malaise venaient à assaillir notre conscience, il resterait toujours l'habitude pour nous rassurer. Chaque geste répété est un consolation et un moyen d'oubli.
La série de Sarah Claudon est l'illustration de cette routine réconfortante. Elle se représente en couple dans sa voiture, au restaurant, devant la télé, au cinéma, sur la plage ou dans sa salle de bain.

Le cadrage frontal et la lumière naturelle sont des composantes quasi-constantes. La photographe joue de la répétition technique pour ajouter à la constance de la relation. L'ennui est présent aussi mais n'a étrangement rien de tragique, il semble découler d'une certaine forme de normalité.

Sarah Claudon cite à ce propos, au début de sa série, Henri Leclerc «Seule l'habitude qui corrompt l'indignation nous empêche de passer notre vie à hurler» dans Libération du 28-29 janvier 2006. Tout est bien donc, accompagné et à l'aise dans l'habitude. Et pourtant, dans ce que l'on imagine être la dernière image de la série, l'auteur creuse dans le sable un trou pour dissimuler le corps de sa partenaire, qu'elle a sans doute fini par assassiner. Dérangeante et tragique, la série de Sarah Claudon nous met face à nos contradictions et nous dévoile un message simple comme son titre « Je ne suis jamais content ».

Anaïs Marquet  

Portfolio by Sarah Claudon

Commentaires  

 
0 # Un sujet réellement émouvant
Quentin Caffier 11-04-2008 13:00
Un sujet réellement émouvant... et qui pousse à se remettre en question. Merci.
 
 
0 # Camille Brossard 17-04-2008 13:18
Un style décalé et absurde qui fonctionne bien.
Bonne continuation.
Camille.
 
 

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