2 juin 1982. Au balcon du Palais des conférences de Versailles, j'attends la fin du sommet des pays industrialisés. La nouvelle tombe : les Israéliens ont envahi le Liban. Soutenu par Sipa, je pars rejoindre les photographes sur le front.
Pendant deux semaines, je voyage dans les bagages de Tsahal avant d'atteindre les faubourgs de Beyrouth, près des premières lignes palestiniennes. Je repars pour Paris où mes photos ont été vendues à Match, VSD et Le Nouvel Obs. Les Israéliens tentent une percée à Yahzé. Réza, en garantie pour Newsweek, respire des gaz asphyxiants pendant la bataille et l'hebdo réclame un photographe pour le remplacer. Là-bas, c'est l'enfer. Les journaux titrent qu'en une journée à Beyrouth, on déverse plus de bombes que pendant toute la guerre du Viêtnam. Dans ma tête, je vois défiler les photos de Mac Cullin, qui ont déterminé ma vocation.
Les Américains me font confiance ! Ils me proposent une garantie et la couverture de tous les frais : 60 dollars par jour pour mourir.
Avec Eugene Richards et Alex Webb en garantie pour Life, j'embarque à Lacarna. Objectif Beyrouth. Du bateau, au loin, je vois la ville qui fume. Je passe le premier check pointde l'OLP. Partout des hommes armés derrière des chevaux de frise protégés de sacs de sable. Le taxi roule à toute allure vers le Commodore, panthéon des grands reporters de l'époque, Mac Cullin, Demulder, Nachtwey, Spengler...
Les Phalanges libanaises contrôlent l'est de Beyrouth d'où on expédie les films, en priant à chaque passage de la ligne verte (zone de démarcation entre l'est et l'ouest) de ne pas devenir la cible de tireurs isolés...
Yan Morvan
extrait de Photojournalisme, « le guide », publié en 1995 aux éditions du CFD.