« L'homme courageux, dirais-je aussi, c'est celui que les guerres n'abattent pas, celui qui ne s'effraye pas à l'approche des forces de l'ennemi, et non celui que le repos fait engraisser au milieu de gens inertes. » -Sénèque "De la constance du sage"
Ces photos ont été prises entre 1975 et 1977. J'avais vingt ans quand j'arrivai de ma province à Paris, bien décidé à faire parler de moi. Étudiant à l'université de Vincennes (surnommée « La Rouge »), en section cinéma, je voyais mes poches vides et mes espérances s'étioler au fil des mois. C'est en vendant des bijoux fantaisie place du Tertre à Montmartre que je rencontrai un individu vêtu de cuir clouté se réclamant de l'idéologie du rock'n'roll - ça changeait de Mao et de Lénine ! Je lui expliquai ma situation de futur documentariste et mon goût très prononcé pour la musique de Rock.
Rendez-vous fut pris dans une brasserie des Halles un soir de septembre 1975. Ils vinrent à quatre et je n'eus que l'autorisation de photographier leurs bottes (dites « Santiago ») avec grand respect. Je ne les quittai plus - du moins, j'essayai...
Les Rockers se transformèrent en Bikers (les mêmes à moto) au hasard des rencontres.
L'aventure tourna court en février 1978 à cause d'une parution dans Match intitulée « Terreur pour le plaisir », relatant mes aventures dans les tribus de « proto-sauvageons » des Seventies qui écumaient déjà les titres de Une de France-Soir et terrorisaient les bons bourgeois.
Je déménageai rapidement « pour un plus grand logement » et entamai une carrière de photo-reporter qui m'emmènerait bien plus loin qu'aux portes de Paris.