Isolée avance toujours. Tout le jardin est autour d’elle. Elle a oublié sa maison, ses chagrins, ses vêtements. – Je me suis trompée d’arbre. Elle embrasse le chien et commence à ramper. Souvent, Isolée lui laisse une part de son déjeuner. Elle caresse une certaine branche, recueille des indices mystérieux au ras de l’herbe. Parfois, très haute sur des jambes un peu noueuses, les reins trop cambrés, elle lève une tête à la bouche pointue ; une grande frange qui part de ses oreilles s’arrête à la naissance de ses cils (semblables à des épines). Elle vit au milieu des arbres, sans connaître personne. Regarde à droite, à gauche, ne voit rien. Mais là, à ses côtés, une grosse mouche bourdonne, et cette mouche à la taille démesurée, trace autour d’elle de larges cercles. Et toujours cette même mouche vole autour d’elle, puis se pose sur un doigt ; de loin, elle apparaît comme une bague noire glissée sur une peau blanche. Isolée ramasse tout ce qu’elle trouve à terre et le met avec soin, bon ou mauvais, dans son petit sac, le pourri sera pour le chien. Le photographe la suit sans trop oser l’aider, la sentant toujours un peu inquiète de sa présence parmi ces trésors répandus dans la mousse. Bûches, écorces, herbe, terre, chien, mouche sont mêlés, mariés, confondus. Isolée aurait voulu embrasser les feuilles, les troncs, les chères fleurs.