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Christine Spengler - Enfants de la Guerre

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Christine Spengler - Enfants de la Guerre
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de Christine Spengler

Chronique privée

Enfants de la Guerre

Lorsque j’étais enfant à Madrid, rien ne me prédisposait à la photographie. Je savais seulement que je voulais devenir écrivain. Ce n’est qu’au Tchad, à l’âge de vingt-trois ans, accompagnée de mon jeune frère, que je découvris ma seconde vocation, celle de correspondante de guerre, en me trouvant mêlée à la révolte des Toubous.
Pour la première fois de ma vie je pris conscience que dans un cas extrême les mots ne suffisaient pas, qu’il me fallait un appareil photo.
Avec lui,les témoignages seraient irréfutables. Partout où j’irais il m’aiderait à capter de façon indélibile les tragédies, la souffrance, mais aussi les jeux et les rires des enfants que j’appelais plus tard: “Les fleurs de guerre”.

© Christine SpenglerAu vietnam, mon oeil neuf me permit de voir la jeune fille au sourire énigmatique, qui, une heure avant la paix, cirait pour la dernière fois les bottes des GI’s. Je photographiais les enfants-soldats qui arboraient des tatouages surprenants sur leur poitrine et des pivoines sur leur casque, comme dans Apocalypse Now. J’adorais les suivre...
Même au coeur de la bataille, ils gardaient leur innocence. A l’heure du déjeuner, ils faisaient une trêve pour jouer de la guitare dans les forêts calcinées...

A Phnom-Penh, grâce à mon grand angle, je saisis la vision apocalyptique d’une ville bombardée, ensevelie sous les cendres, éclairée par un pâle soleil de minuit, sans m’attarder sur les cadavres, qui, au premier plan, brûlaient dans la fournaise.

Déjà je refusais tout sensationnalisme. Je m’attachais à montrer la douleur des survivants, comme cet enfant pleurant son père mort, à l’ombre d’un mortier, avant de s’enfuir sous le napalm. C’est lui la victime, l’enfant-martyr... Une heure avant le drame, je l’avais immortalisé nageant, insouciant, dans le Mékong, sur des douilles d’obus vides, entouré de ses petits camarades. J’avais décidé de ne pas photographier le père noyé dans son sang.

Le fait d’être une femme m’aida beaucoup dans mon métier. Au bout du monde, armée de mon Nikon, je réagissais face aux situations avec la force et la déterminantion d’un homme. Il m’arrivait parfois de faire les mêmes photos qu’eux... Puis, laissant parler mon coeur, j’allais à la rencontre de la vie. Je voyais alors des choses surprenantes qui me bouleversaient, comme si à chaque scène d’horreur succédait une scène d’espoir. Contrairement au photos sanglantes, j’ignorais que ces images feraient la une des magazines...

Au coeur de la guerre, j’appris que l’instinct de survie est plus fort que la mort, à l’exemple de cette photo perdue où une indigène au bras arraché par une grenade allaitait son bébé, assise sur un cercueil.

© Christine SpenglerDans le désert du Sahara Occidental, j’accompagnais au combat les hommes du Front Polisario. De retour dans les campements, je photographiais les femmes qui avaient troqué leur fusil et leur parka contre un voile de couleur pour soigner les enfants dans les nurserys souterraines.
Habillée de noir, je pouvais, en Iran, pénétrer sans difficulté dans la maison de Khomeiny; me rendre chaque jour en hélicoptère au Kurdistan où le terrible Ayatollah Khalkhali surnommé  “le boucher aux  mains rouges” me demanda d’être son photographe. Je décidai de le quitter la veille de la première exécution d’intellectuels kurdes. Cette photo tragique obtint le World Press... Mais les prix ou les scoops ne m’ont jamais intéressée. Je préfère rester des mois sur le terrain et réaliser un travail en profondeur.

Le suicide de mon frère Eric a été déterminant dans ma carrière. Le désespoir de l’avoir perdu me rendit plus sensible à la douleur du monde. Durant toutes ces années, je voulais mourir. Pourtant, le fait de côtoyer sans cesse le danger m’apprit à aimer la vie.

Je pense encore avec émotion à ces femmes iraniennes qui pour moi dévoilaient en souriant leur beau visage pur, à ces veuves palestiniennes, qui me montraient en pleurant les portraits de leur disparus, à ces madones afganes qui me regardaient sous le tchadri...

Aujourd’hui je suis à la fois l’ombre et lumière, comme les arènes de mon enfance à Madrid.

Je dédie ce portfolio à ces hommes, femmes et enfants, victimes de la guerre, qui ont pleuré, souffert et souri à travers mon objectif et qui continuent de lutter chaque jour pour leur dignité sous le soleil noir de la guerre.

Christine SPENGLER

© Christine Spengler 
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  © Christine Spengler
© Christine Spengler 
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